Bonjour à toutes et à tous !
Cette semaine, on revient sur quelques actualités de ces deux derniers mois : un projet de loi « Fraude » qui veut donner aux services sociaux un accès élargi à de nombreux fichiers de données personnelles, le procès en appel de « l’affaire du 8 décembre » où le chiffrement des communications était un élément incriminant, et ensuite, plaisir de gourmet, la fin de la Hadopi, privée par le Conseil d’État de ses moyens de sanctions. Au moins, cette semaine, il y a une bonne nouvelle ! Et on termine avec une offre d’emploi pour venir travailler avec nous. Bonne lecture à vous !
Alaïs, Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie et Nono
Hadopiiii, c’est finiiiii (et dire que c’était ma première lettre d’avertissement)
La Quadrature du Net s’est créée en 2008 pour contrer la « loi Hadopi », qui voulait transformer les internautes téléchargeurs en délinquants, en affreux pirates qui prospéraient dans cette « zone de non droit » qu’était internet aux yeux du gouvernement. Les majors de la musique voulaient infliger à ces bandits des peines allant d’une simple amende à la coupure brutale de la connexion à Internet.
Malgré la révolte rigolarde (et très sérieuse) des internautes, qui ont dû se transformer en juristes, éplucher les textes et proposer des amendements pour dénoncer la disproportion de la mesure et son illégalité au regard des droits fondamentaux, la loi avait fini par être votée. Et la « Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet » (Hadopi) a pu commencer de punir les internautes trop friands de films et de musique (même si la mesure de coupure de connexion internet a été supprimée en 2013).
Ensuite, les usages ont changé. L’apparition d’une offre légale pléthorique (Deezer, plateformes de streaming vidéo) a fait reculer le téléchargement en peer-to-peer. Mais La Quadrature n’a jamais renoncé à faire tomber la Hadopi, à cause de sa dangerosité juridique et de ce qu’elle s’autorise à faire des données personnelles des internautes. S’est ensuivi un long et lent va-et-vient entre les cours administratives au niveau français et européen. Nous avons comparu deux fois devant la Cour de justice de l’Union européenne, pour faire reconnaître que l’exploitation des adresses IP des internautes, sans contrôle extérieur, était abusive au regard du droit européen. Tandis que les gouvernements français persistaient à défendre une « exception légitime » pour la Hadopi, au même titre que la lutte contre le terrorisme ou la pédocriminalité.
Cette année, enfin, le Conseil d’État nous a donné raison. L’argumentation technique et juridique est fine, ne prenons pas le risque de la caricaturer : vous pouvez la lire en détail dans l’article (dans le paragraphe « Sept ans de combat judiciaire »). Quoi qu’il en soit, le décret central qui permettait le dispositif répressif de la Hadopi est annulé. Hadopi, c’est fini. Il aura fallu 17 ans pour y arriver. Champagne (et datalove <3).
L’article du 7 mai : Hadopi (2009–2026)
Le contrôle social par les données personnelles
La nouvelle « loi Fraude » votée par l’Assemblée nationale fin avril et par le Sénat mi-mai prévoit d’élargir le droit d’accès donné aux services sociaux pour fouiller la vie des locataires dans les moindres détails. La loi veut en particulier légaliser l’accès à des informations bancaires qu’exercent illégalement certains conseils départementaux pour fliquer les allocataires du RSA, soupçonnés apparemment d’être fraudeurs par définition. Concrètement, des agents publics épluchent jusqu’au dernier euro les relevés de comptes des allocataires, en leur demandant de rendre compte, avec attestation sur l’honneur, de la moindre entrée de 10 euros. Cette suspicion obsessionnelle, envers des personnes dont la vie est déjà très précaire, atteint malheureusement son but : de nombreuses personnes renoncent à leur droit légitime au RSA, et plus particulièrement dans les départements les plus sévères.
Au nom de la « lutte contre la fraude », ces agissements institutionnels épuisent délibérément les personnes qu’ils visent, et causent des situation de détresse psychologique et matérielle dangereuses. À tel point qu’un collectif d’allocataires a attaqué le département du Finistère pour « harcèlement moral institutionnel ».
Dans le cadre de notre campagne France Contrôle, qui analyse les pratiques numériques des services sociaux pour traquer les allocataires, nous appelons évidemment à un encadrement strict de ce droit d’accès.
L’article du 4 mai : Projet de loi Fraudes : le Parlement élargit l’accès aux comptes bancaires pour le contrôle du RSA
Affaire du 8 décembre : procès en appel
Vous vous rappelez sans doute l’affaire dite du 8 décembre, dont nous avions longuement parlé il y a deux ans. Dans cette affaire visant sept personnes qui ne se connaissaient pas toutes entre elles, le parquet anti-terroriste avait convaincu le tribunal, à grand renfort d’écoutes et d’interprétations, qu’il s’agissait d’un groupe « d’ultra-gauche » dangereux présentant un risque de passage à l’acte terroriste. Et pourtant, aucun projet terroriste. L’affaire avait retenu notre attention parce que parmi les éléments cités pour définir cette dangerosité, figurait le fait que certaines personnes utilisaient pour leurs échanges des outils numériques chiffrés.
Par défaut, les échanges sur internet ne sont pas protégés. Utiliser le chiffrement, c’est permettre au web de respecter le secret des correspondances. Mais pour l’anti-terrorisme, c’est le signe qu’on veut cacher quelque chose, et qu’on a donc quelque chose à cacher. Chiffrer, c’est prouver ses mauvaises intentions. Raisonnement circulaire ? Oui.
Quoi qu’il en soit, la plupart des personnes condamnées en première instance ont décidé de faire appel, malgré l’épreuve qu’est un procès, pour effacer de leur vie l’accusation de terrorisme, qui empêche de travailler, par exemple. Nous leur renouvelons notre soutien. Mais plus largement, nous voulons redire combien les outils policiers et judiciaires utilisés dans ces affaires sont contestables, en raison du régime de suspicion sur lequel ils reposent – comme dans l’exemple du chiffrement. Notre article fait le tour de ces mesures et explique leur dangerosité pour les droits de tous et toutes.
L’article du 4 mai : L’affaire du « 8 décembre » de retour devant la justice
On recherche un·e chargé·e d’analyse politique et technique
Nous cherchons sur Paris une personne ayant une appétence pour la compréhension et la vulgarisation des systèmes techniques et de leurs impacts politiques, qui pourrait nous aider à construire et diffuser notre analyse politique et à mobiliser sur nos sujets.
Si ça vous dit, on a mis la fiche de poste en ligne. Vous avez jusqu’au 21 juin pour candidater !
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La Quadrature dans les médias
RIP Hadopi
- Lutte contre le piratage en ligne : le Conseil d’État rejette le dispositif français de réponse graduée [Le Monde]
- Hadopi : le Conseil d’État met fin à la riposte graduée pour piratage en ligne [La Tribune]
- Piratage en ligne: le Conseil d’État retoque le dispositif français de réponse graduée [France 24]
- « Pas conforme » au droit européen: le Conseil d’État censure la réponse graduée contre le piratage en ligne [BFM Tech]
- Hadopi : la réponse graduée décapitée, le plan B de l’Arcom [L’Informé]
- La réponse graduée française contre le piratage en ligne n’est «pas conforme au droit européen», juge le Conseil d’État [Le Figaro]
- Hadopi : la riposte graduée contre le piratage vidée par le Conseil d’État, ce que ça change [Le Républicain Lorrain]
- Hadopi : le Conseil d’État éteint la riposte graduée après 17 ans [Korben]
- Arcom : la réponse graduée jugée illégale par le Conseil d’État [Les Numériques]
- Hadopi est presque mort : le dispositif anti-piratage ne peut plus vous envoyer devant un juge [Numérama]
- « Le combat n’est pas fini » : le dispositif français de réponse graduée au piratage n’est « pas conforme au droit européen » [La Voix du Nord]
Vérification d’âge en ligne
- L’application européenne pour vérifier l’âge des internautes est prête, ses détracteurs crient à la surveillance [Siècle Digital]
- « Complètement anonyme, sans pouvoir être tracés » : comment l’Europe veut vérifier l’âge des Internautes sur les sites pornographiques ou les réseaux sociaux [Le Midi Libre]
- L’appli européenne de vérification de l’âge est « techniquement prête » pour « mettre nos enfants à l’abri »: elle est aussi décriée et signerait « la fin de l’anonymat », selon ses détracteurs [BFM Tech]
- L’Union européenne présente son application de vérification d’âge inspirée du certificat Covid : à quoi ressemble cette solution bientôt testée en France qui doit être généralisée fin 2026 ? [RTL]
Surveillance
- Reconnaissance faciale et contrôle d’identité : « Si vous êtes témoin, sortez votre téléphone et filmez » [Disclose]
- « Répression administrative » : une militante écolo interdite de travail au Festival de Cannes à cause de ses engagements [France Inter]
- « Une infrastructure de surveillance existe » : ce juriste parlera du fichage policier et des risques encourus [Ouest-France]
- Ce sénateur qui veut filmer les français avec des algorithmes de surveillance [Le Quotidien des entreprises]
- La vidéosurveillance peut-elle être une solution pour lutter contre les violences dans le périscolaire parisien ? [France Info]
- « La fin ne peut justifier les moyens » : faut-il des caméras dans les écoles pour prévenir les violences contre les enfants ? [Le Parisien]
- Lecture automatisée des plaques d’immatriculation : pourquoi une plainte vise ce projet en Vendée [Ouest-France]
IA et data centers
- Datacenters : 12 associations alertent sur la loi de simplification et la souveraineté [Next]
- La France déroule le tapis rouge aux data centers avec une nouvelle loi [Génération NT]
- Data centers : une loi va faciliter leur installation, les associations s’inquiètent [01Net]
- La loi sur l’IA va être « simplifiée », et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les consommateurs européens [01Net]
Divers