[Ecrans/Libération] Quatre étapes pour un filtrage inefficace et coûteux

Pour rappel, le filtrage du réseau et la mise en place d’une « police internationale de la Toile » pour lutter contre la pédo-pornographie en ligne sont les deux principaux cyber-fantasmes partagés par Nadine Morano et la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie. Le 10 juin dernier, celle-ci rappelait qu’« il ne s’agit pas de créer un “big brother” de l’Internet », juste d’installer un système de surveillance qui ouvrirait grand une porte. Mais surtout un système pour lequel aucune technologie n’a aujourd’hui prouvé son efficacité, ni sa faisabilité de manière généralisée.

En introduction de l’étude, après avoir rappelé que les FAI de certains pays (Royaume-Uni, Norvège) ont déjà accepté un tel filtrage, le FDI explique que les FAI français, bien que concernés par le sujet, et « pas opposés au principe même du filtrage (...), estiment toutefois que la mesure présente plusieurs risques et pourrait s’avérer inefficace, disproportionnée et coûteuse. » En outre, ces derniers jugent que « les caractéristiques des infrastructures réseau ainsi que le cadre juridique national actuellement en vigueur comme des obstacles à la mise en place d’un filtrage proactif et volontaire. »

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Concernent la faisabilité et l’efficacité technique d’un tel filtrage, le Forum souligne le développement et de la diffusion de moyens de contournement. « Les filtres mis en place sont, en effet, contournables par un internaute avisé et par les éditeurs des sites litigieux, ce qui révèle la faillibilité technique du filtrage et peut faire redouter la création d’une illusion de sécurité pour les utilisateurs. » Citant les opérateurs, il rapporte que ces derniers « insistent également sur la lourdeur de la mise en œuvre de ces systèmes au regard des infrastructures des opérateurs, fixes et/ou mobiles, tant au niveau technique qu’économique. »

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Plus étonnant, au chapitre 5, l’étude détaille les solutions techniques de filtrage aujourd’hui envisageables (filtrage par DNS, filtrage par adresse IP et filtrage hybride). Autant de techniques, dont l’efficacité et la compatibilité avec l’architecture actuelle du réseau français n’ont jamais été prouvées. Au contraire elles ont été remises en causes par des experts et chercheurs en sécurité dans une note (PDF) rédigée en juin dernier par Christophe Espern, de la Quadrature du net, et dans laquelle il concluait que de telles mesures risquent finalement de « durcir les techniques utilisées par les pédophiles et les fournisseurs de contenus pédo-pornographiques pour se cacher et entraver l’activité des enquêteurs ».

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http://www.ecrans.fr/Les-conditions-pour-un-filtrage,5595.html