Soutenons La Quadrature du Net !

[Les Interviews du Réseau IRCube] La Quadrature du Net

Tout d’abord, pouvez vous vous présenter? Qui êtes vous?

Je suis Jérémie Zimmermann, co-fondateur et porte-parole de La Quadrature du Net.

La Quadrature du Net est un collectif de citoyens qui informe sur des projets législatifs menaçant les libertés individuelles, les droits fondamentaux et le développement économique et social à l’ère du numérique.

La Quadrature du Net sensibilise les citoyens, les pouvoirs publics, les associations, les entreprises. Elle travaille sans exclusive à l’élaboration de solutions alternatives équilibrées.

La Quadrature du Net est soutenue par des organisations non gouvernementales françaises, européennes et internationales, dont l’Electronic Frontier Foundation, l’Open Society Institute et Privacy International.

La Quadrature du Net est une sorte de “caisse à outil” dans laquelle chacun peut piocher pour mieux comprendre les processus législatifs, se former et agir afin de faire entendre sa voix dans les débats.

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Comment vous est venue l’idée de fonder ce collectif ?

De nombreux projet de loi ou de règlementation en matière de régulation d’Internet ont émergé, peu de temps après l’élection de Nicolas Sarkozy (certains étaient dans les tuyaux depuis un certain temps), qui présentent tous une vision commune : Internet y est présenté comme un “far west”, une “zone de non droit”, qu’il faudrait à tout prix contrôler.

Nous pensons à l’inverse qu’Internet est soumis aux même lois que le reste, et qu’il est un formidable espace d’expression et d’information qu’il faut à tout prix préserver, pour le futur de nos sociétés et de notre économie. Construire des murailles autour d’Internet, en réalité pour servir l’intérêt de quelques entreprises, pourrait avoir des conséquences désastreuses sur l’innovation et sur les libertés individuelles.

Or, la plupart du temps les régulations touchant à Internet émergent sur la base de mauvais prétextes : “le partage d’œuvre est la raison principale du déclins des industries de la copie” (alors que c’est à elles de se réinventer pour s’adapter aux réalités technologiques), “il faut filtrer internet pour empêcher aux gens d’accéder à des sites
pédopornographiques” (alors qu’il faut s’attaquer aux gens qui les produisent), etc. En réalité le législateur est souvent désemparé devant l’évolution des technologies. Il est de notre rôle à tous de citoyens épris de libertés et conscients des réalités technologiques de
l’informer afin d’éviter le pire.

Vous êtes très actifs sur la loi HADOPI en ce moment, pouvez-vous nous
en dire plus ?

http://www.laquadrature.net/HADOPI

Cette loi est absurde et vouée à l’échec ! Elle est une mauvaise réponse à un faux problème car elle part du principe que les échanges non-commerciaux entre particuliers sur Internet seraient la cause principale du déclin de certaines industries du divertissement. Or, ces nouveaux moines copistes, désemparés par l’arrivée d’Internet et des technologiques, n’ont pas su s’adapter depuis 10 ans, et les causes de leur crise se trouvent dans leur erreurs stratégiques (obsolescence du support CD, cout du CD, choix artistiques de plus en plus homogènes, sans parler de la baisse du pouvoir d’achat !). Avoir son modèle économique exclusivement basé sur la production de copie et le contrôle de leur diffusion à l’heure ou chacun est son propre distributeur et peut réaliser des copies à l’infini est une erreur historique, fatale.

Leur instrumentalisation de la “défense des artistes” et de “la sauvegarde de l’exception culturelle française”, alors qu’ils exploitent par leurs contrats ces artistes qui pourraient aujourd’hui s’émanciper grâce à Internet, est malhonnête.

Le dispositif qu’il proposent de mettre en œuvre, la “riposte graduée”, est extrêmement dangereuse car elle est entièrement fondée sur des missions de police privée (des acteurs travaillant pour le compte des industries du divertissement qui surveillent le réseau à la recherche de présomptions d’infractions à leurs droits d’auteur), et crée une sorte de justice parallèle, administrative, l’HADOPI. dans ce dispositif, les accusations seront suivies de sanctions allant jusqu’à 12 mois de déconnexion d’accès à Internet, sans qu’il soit possible de matériellement prouver son innocence. Des innocents seront ainsi
inévitablement condamnés.

Par ailleurs elle crée une grande inégalité car n’importe quel internaute confirmé saura très aisément la contourner (par l’utilisation de serveurs relais, de serveurs distants, l’utilisation de protocoles d’échange chiffrés ou anonymisés, des systèmes d’échanges privés, etc.) seuls les Mrs et Mme Toulemonde se feront déconnecter… sans pour autant aller acheter plus de disques et de DVD ! Cette loi n’apporte pas pas un centime de plus pour les artistes. Elle est une usine à gaz monstrueuse, qui coutera une fortune au  contribuable et finira dans les poubelles de l’histoire.

Vous avez lancé un campagne de “black-out” du Net en signe de protestation? Quel est le but de cette campagne ?

http://www.laquadrature.net/fr/guide-du-blackout-HADOPI

Ce black-out à un objectif triple: tout d’abord à créer un symbole fort en incitant chacun à peindre en noir son espace sur le net : site, blog, avatar, profil, etc.. Le noir étant la couleur de la déconnexion brutale, mais également de l’obscurantisme dans laquelle le gouvernement et les députés qui le soutiendront souhaitent plonger le Net français. Plus d’un million et demi de pages sont passées au black-out et cela a suscité l’attention des journalistes, en France et ailleurs.

Ensuite le black-out avait pour but de susciter le débat autour des enjeux de cette loi. Cela n’a pas raté. ce sont des millions de messages et de commentaires qui se sont échangés partout sur le net autour des enjeux de cette loi ! Même sur le blog officiel de l’UMP, sur le site des jeunes UMP, sur le blog de Jacques Attali (farouchement opposé à cette loi), sur tous les forums, les internautes s’opposent massivement à cette loi. Ils rejoignent ainsi le long cortège d’opposants à cette loi :
http://www.laquadrature.net/wiki/Contre_hadopi

L’objectif ultime de cette campagne était d’appeler les internautes soucieux de préserver leurs libertés de se saisir de ces enjeux pour contacter leurs députés et les informer. Cela a également été un franc succès : des milliers de coups de fil se sont déversés sur le parlement, et nos arguments ont été sans cesse répétés par les députés de tous les bancs qui les ont repris.




Quelles perspectives pour la suite ?

Il faut continuer ! A l’heure ou vous publierez cet entretien, les débats auront repris à l’Assemblée. Même si la volonté politique écrasante laisse penser que le texte sera voté coute que coute, il y a gros à parier que nos arguments continueront de retentir dans
l’hémicycle, portant par la justice et par la raison le coup de grâce à cette loi absurde, avant même qu’elle soit votée.

Ensuite il conviendra de démontrer ce que nous avançons depuis longtemps: l’inefficacité chronique de ce texte, et la nécessité d’aller de l’avant pour inventer l’après HADOPI: créer de nouveaux modes de financement de la création, basés sur l’utilisation intelligente des formidables possibilités offertes par les technologies numériques, plutôt qu’un vain combat d’arrière garde contre le progrès.

Nous fournissons en outre un outil web, “mémoire politique”, permettant de consigner les positions et les votes de chaque député sur le sujet :
http://www.laquadrature.net/wiki/Political_Memory


Il sera utile pour la suite, pour les prochains projets législatifs touchant à Internet, pour identifier les députés les plus à même de porter nos idées, et ceux sur qui il restera du travail de sensibilisation à effectuer.

Il y a également des questions cruciales en cours de débat autour du “Paquet Telecom” au Parlement Européen, ou la neutralité du réseau risque d’être sérieusement mise à mal : certains opérateurs rêvent de transformer Internet en une sorte de télévision ou de minitel, pour pouvoir choisir quels services seront accessibles… du moment qu’ils les payent. Cela signifierait la fin d’Internet tels que nous le connaissons. Par ailleurs, des projets du gouvernement français de mise en place de filtrage du réseau sont également à surveiller avec beaucoup d’attention.

Ce que nous souhaitons démontrer, c’est que chaque citoyen qui se sent concerné peut participer à préserver la plus formidable avancée pour l’humanité depuis l’imprimerie qu’est Internet. Chacun peut agir s’informant et en informant et sensibilisant autour de soi ses proches et ses élus à ces enjeux.

http://animation.ircube.org/interviews/index.php/la-quadrature-du-net/