[Mediapart] Surveillance: Jean-Marie Delarue remplacé par un homme de la défense


Le président de la CNCIS, l'actuel organisme de contrôle des activités des services qui doit être remplacé par la CNCTR dans le cadre de la loi renseignement, n'a pas souhaité être candidat à sa propre succession. Le nouvel organisme sera dirigé par Francis Delon, ancien secrétaire général de la défense nationale. [...]

Difficile de dire si c’est sa liberté de ton qui a coûté sa place au président de la CNCIS. Dans son communiqué annonçant la nomination de ses deux candidats, le Conseil d’État précise que Jean-Marie Delarue « réunissait l’ensemble des qualités pour siéger au sein de la nouvelle Commission » mais qu’il « n’a pas souhaité être candidat à cette fonction ». On imaginait de toutes manières assez mal le gouvernement confier la contrôle de son nouveau dispositif de surveillance à quelqu’un qui n’a eu de cesse d’en dénoncer les dangers. [...]

En tant qu’ancien responsable du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), poste qu’il a occupé de 2004 à 2014, Francis Delon doit en tout cas être un fin connaisseur du monde du renseignement. Ce service rattaché à Matignon est en effet chargé d’épauler le premier ministre pour les affaires les plus sensibles et de le conseiller dans ses décisions. [...]

« Cette nomination serait un vrai signal que la CNCTR ne sera probablement pas au service des citoyens mais plutôt des services de renseignement, et que toutes les craintes exprimées ce printemps par de nombreux opposants à la loi renseignement étaient fondées », s’inquiète déjà, dans un communiqué, l’association de défense des libertés numériques La Quadrature du Net. « Sans préjuger de l'action future de la CNCTR, comment ne pas craindre qu'un praticien émérite du secret-défense et de la raison d'État ne soit pas la personne la mieux placée pour contrôler, questionner, enquêter sur les écoutes et accueillir les demandes de vérification de citoyens, inquiets de l'ampleur des moyens et objectifs des services de renseignement ? » L’association demande « aux parlementaires des commissions de l’Assemblée nationale et du Sénat, qui devront ratifier cette nomination, de la refuser pour demander au président de la République qu’il nomme un président reconnu pour sa prise en considération des intérêts et de la vie privée des citoyens ».

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