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[LeMonde] Loi sur le renseignement : un débat escamoté

L’image en elle-même vaut bien des discours. A peine une trentaine de députés étaient présents dans l’hémicycle, lundi 13 avril, pour le début de l’examen par l’Assemblée nationale du projet de loi sur le renseignement. Alors même que le futur dispositif fait l’objet d’une procédure parlementaire accélérée, et que les moyens qu’il alloue aux services secrets français sont « une petite révolution », selon les propres mots du premier ministre, Manuel Valls, qui s’est chargé en personne de sa présentation. [...]

Lundi après-midi, quelque 200 personnes ont manifesté devant l’Assemblée, à l’appel de l’Observatoire des libertés et du numérique, qui regroupe différents syndicats et associations comme le Syndicat de la magistrature, Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat national des journalistes ou la Quadrature du Net. Autant d’acteurs qui se heurtent à une certaine indifférence. [...]

« On constate une apathie générale de la part des députés, notamment à gauche », regrette Pierre Tartakowsky, le président de la Ligue des droits de l’homme. « Que Nicolas Sarkozy ne nous écoute pas en 2008 lorsque nous dénoncions les abus du fichier de renseignement Edvige ne nous avait pas vraiment étonnés. Mais qu’en revanche, un gouvernement de gauche campe à ce point sur des positions sécuritaires est plus qu’inquiétant », ajoute M. Tartakowsky. [...]

Résultat, le projet de loi n’a fait l’objet d’aucune discussion ces dernières semaines au sein du PS. Pas plus qu’il ne figure dans les quatre motions en lice pour le congrès du parti à Poitiers en juin. Les socialistes dans leur ensemble approuvent au contraire la volonté d’encadrer un certain nombre de pratiques des services jusqu’à présent clandestines, et louent « un texte plutôt équilibré », selon leur premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis. « Ça gueule très peu en interne, chacun se disant en somme que la fin justifie les moyens », résume un dirigeant du PS. Il ajoute cependant, inquiet : « On espère toutefois que demain, un tel arsenal ne tombera pas entre les mains d’un pouvoir politique plus autoritaire. »

http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2015/04/14/loi-sur-le-rensei...